Depuis de nombreuses années, je porte un rêve en moi. Un rêve que je chéris tout en le considérant comme irréalisable, trop compliqué, trop contraignant. Le genre de rêve que l'on apprécie d'imaginer, sans penser qu'un jour il puisse se réaliser. Un rêve bien précis, très détaillé, c'est ça que je veux et pas un autre. Je me fais des films, en me disant que je ferais ci ou cela quand il sera réalisé. Je m'imagine ses conséquences, toutes les bonnes choses qu'il pourrait m'apporter. Mais c'est sûr, ce rêve est hors de ma portée.

Et puis, dans l'année qui s'est écoulée, j'ai changé. J'ai pris confiance en moi, j'ai grandi, j'ai recommencé à croire en l'avenir et en mes rêves. Je me suis débarrassée du poids des contraintes que je m'imposais à moi-même. Et tout doucement, ce rêve-là est revenu. Plus fort, plus vrai, plus envisageable aussi. Ou plutôt ce sont ses conséquences que je suis devenue prête à accepter. Ce que j'avais à y gagner est devenu plus important que les contraintes qu'il implique. Pour autant, il n'en est pas plus réalisable, parce que sa réalisation ne dépend pas de moi. Il est tellement précis que c'est un autre qui a le pouvoir de décision. 

Ce rêve très précis et très précieux, j'ai alors choisi de l'accepter. Me dire que je le réaliserai si l'opportunité se présentait, sans que vraiment que je le crois possible. C'est ainsi que je suis rentrée quelques jours en vacances en France, en ayant dans un coin de ma tête la conviction que j'étais prête à dire oui. Là, tout de suite, maintenant, j'en avais envie, je ne souhaitais plus attendre. Je savais qu'il pourrait plus facilement prendre forme dans quelques années, quand les circonstances seraient réunies du côté de celui qui peut décider. Mais mon rêve s'était logé pour toujours dans la catégorie des espoirs que je ne lâcherai pas.

Et quand j'ai rencontré celui qui a le pouvoir de décision, il est venu me parler pour me poser cette question: tu le veux? Le "oui" a été spontané, immédiat et totalement évident. Il m'a simplement fallu un peu plus de temps pour comprendre qu'il me le proposait là, maintenant, et pas dans quelques années comme je l'ai d'abord pensé. J'ai passé quelques jours dans un drôle de brouillard, à tenter de réaliser, d'appréhender la chose, et surtout le temps de le concrétiser par un document officiel. La tête ailleurs à ne pas y croire, et pourtant c'était vrai.

Une part de moi était aussi en conflit avec le reste, car la réalisation de mon rêve implique une difficulté pour celui qui pouvait décider de me l'offrir, un tournant dans sa vie qui l'oblige à arrêter ce par quoi nous nous sommes rencontrés et qui est au coeur de mon rêve. C'est une page de mon passé qui va se tourner, un mélange de tristesse pour ces gens et de nostalgie qui me tient. Mais loir d'être aussi fort que la joie que m'apporte ce rêve réalisé.

Il faudra encore quelques mois pour que ce rêve entre vraiment dans ma vie, dans mon quotidien ici en Suisse. Mais aujourd'hui j'ai la certitude qu'il viendra, que mon rêve d'ado devient réalité.

C'est une folie, une joie, un bonheur incommensurable, un espoir d'un avenir meilleur, une envie d'avancer et de changer, un moteur un peu contraignant mais si enrichissant. Un rêve réalisé.

Ma vie m'a encore étonnée, dans sa capacité à répondre présente au moment où je l'attendais, là quand j'étais prête à la recevoir. Je cherche encore à comprendre comment c'est possible, comment mon rêve a pu être ainsi entendu et concrétisé, lui qui était si improbable. Mais surtout je voudrais continuer à soigner ma vie pour qu'elle continue à me répondre ainsi, trouver mon chemin en confiance vers l'avenir. 

Aujourd'hui, le bonheur s'est glissé dans mon coeur, et je souhaite trouver le moyen de lui permettre d'y rester.